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Évaluer la place de l’accueil familial thérapeutique en psychiatrie : un enjeu de recherche et de santé publique
Mis en ligne le 07 janvier 2026
Alternative historique à l’hospitalisation prolongée, l’accueil familial thérapeutique en psychiatrie reste peu évalué en France. Le Vinatier et le Centre Hospitalier d’Ainay-le-Château s’engagent dans une recherche nationale pour mesurer ses bénéfices cliniques, sociaux et organisationnels.
L’accueil familial thérapeutique : un modèle ancien, encore méconnu
L’accueil familial thérapeutique a été l’une des premières alternatives à l’hospitalisation psychiatrique. Il s’est développé lors de la fermeture progressive des asiles.
Son principe est simple : des familles d’accueil thérapeutiques, formées et encadrées, hébergent une à trois personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères.
Ce modèle existe encore aujourd’hui dans plusieurs pays : Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Croatie, États-Unis. Il reste pourtant marginal en France.
Un dispositif toujours actif à Ainay-le-Château
En France, l’accueil familial thérapeutique est principalement porté par le Centre Hospitalier d’Ainay-le-Château.
Actuellement, 228 patients y sont accueillis au sein de 128 familles.
Les personnes concernées présentent majoritairement :
- des schizophrénies et troubles bipolaires (55,4 %),
- un retard mental (22,1 %),
- des troubles addictologiques associés (6,4 %).
L’âge moyen des patients est de 56,5 ans.
Un accompagnement médical et social structuré
Les patients bénéficient d’un suivi psychiatrique régulier, assuré par l’hôpital de secteur.
Ils ont aussi accès à :
- un accompagnement social,
- des soins paramédicaux,
- des ateliers de réhabilitation psychosociale,
- des actions de stimulation cognitive.
Ce cadre vise à favoriser l’autonomie, la qualité de vie et le maintien du lien social.
Un environnement plus humain, moins stigmatisant
Contrairement à l’hospitalisation longue, l’accueil familial thérapeutique offre un cadre de vie ordinaire.
Il est souvent décrit comme plus chaleureux, moins stigmatisant, plus propice à la réhabilitation psychosociale.
Les relations de proximité avec les accueillants peuvent améliorer le bien-être, réduire l’isolement social et limiter le recours aux nouvelles hospitalisations.
Un modèle en déclin faute de preuves scientifiques
Malgré ses atouts, l’accueil familial thérapeutique a décliné dans de nombreux pays.
La raison principale est le manque d’évaluations scientifiques robustes.
Peu d’études ont mesuré de façon rigoureuse ses effets sur :
- l’évolution clinique,
- la qualité de vie,
- les parcours de soins,
- les coûts pour le système de santé.
Une recherche portée par Le Vinatier et Ainay-le-Château
Face à ce constat, Le Vinatier et le Centre Hospitalier d’Ainay-le-Château lancent une évaluation scientifique de l’accueil familial thérapeutique en psychiatrie.
Cette collaboration s’inscrit dans le cadre du réseau de recherche FLAURA
Une reconnaissance internationale du sujet
Ces travaux s’appuient sur une mise en perspective internationale publiée dans The Lancet Psychiatry (janvier 2026), revue de référence en psychiatrie et santé mentale.
Cette publication souligne l’intérêt renouvelé pour les alternatives à l’hospitalisation dans la prise en charge des pathologies psychiatriques sévères.
L’expertise de l’équipe EPICLIV
Le projet associe également l’équipe de recherche EPICLIV, reconnue pour ses travaux sur les familles d’accueil pour personnes âgées.
Cette expertise permettra des comparaisons méthodologiques solides entre différents modèles d’accueil familial.
Mieux définir la place de l’accueil familial thérapeutique
L’objectif de cette recherche est de mieux situer l’accueil familial thérapeutique dans les parcours de soins en psychiatrie. Il s’agit d’évaluer son impact sur l’évolution clinique, la qualité de vie et le maintien du lien social des patients atteints de troubles psychiatriques sévères. À terme, ces travaux doivent apporter des données scientifiques utiles à la décision publique, favoriser la diversification des alternatives à l’hospitalisation et soutenir le développement de prises en charge plus inclusives, plus humaines et mieux intégrées dans la cité.




