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Améliorer la cognition sociale pour favoriser le fonctionnement social dans la schizophrénie

Mis en ligne le 12 mars 2026

Interpréter correctement les émotions et les intentions d’autrui, comprendre les situations sociales, sont des capacités essentielles dans la vie quotidienne. Dans la schizophrénie, ces mécanismes peuvent être altérés. Une étude coordonnée par la Dre Elodie Peyroux et le Pr Nicolas Franck évalue un programme innovant pour y remédier.

Agir sur les biais d’attribution : un impact encore limité 

Dans la littérature internationale, plusieurs méta-analyses montrent que certaines difficultés liées à la compréhension des émotions et des intentions d’autrui (par exemple interpréter correctement ce que les autres pensent ou ressentent) ainsi que certaines tendances à interpréter les situations de manière biaisée jouent un rôle important dans le handicap au quotidien, au-delà des difficultés cognitives « classiques » (mémoire, attention, etc.).

Les programmes de remédiation de la cognition sociale améliorent nettement certaines de ces compétences. En revanche, leur impact sur certaines interprétations automatiques, notamment la tendance à percevoir de l’hostilité chez les autres (aussi appelé biais d’hostilité) reste limité.

Le programme RC2S a précisément été développé pour répondre à cet enjeu.

Un entraînement personnalisé, au plus près du réel

La remédiation cognitive est une approche thérapeutique qui vise à améliorer certaines fonctions cognitives altérées (mémoire, attention, raisonnement, cognition sociale) à travers des exercices répétés et progressifs. L’objectif n’est pas seulement de s’entraîner, mais de développer des stratégies transférables dans la vie quotidienne. L’étude compare ici deux de ces approches :

  • Le programme RECOS (Remédiation Cognitive pour la Schizophrénie ou un trouble associé) , centré sur les fonctions neurocognitives (mémoire, attention, flexibilité mentale)
  • Et le programme RC2S (Remédiation Cognitive de la Cognition Sociale), qui cible spécifiquement les processus de cognition sociale.

Le programme RC2S repose sur une approche individualisée, fondée sur une évaluation initiale approfondie des profils cognitifs et fonctionnels, et combine des séances papier-crayon, des exercices informatisés et des mises en situation et des mises en situation proches du réel  via des avatars.

Le programme vise à apprendre à ne pas interpréter trop vite les intentions des autres, surtout dans des situations floues, et à envisager d’autres explications possibles. L’idée est de limiter les malentendus qui peuvent fragiliser les relations.

Cette étude présente le premier essai contrôlé randomisé évaluant l’efficacité du programme RC2S (c’est-à-dire une étude où les participants sont répartis au hasard entre différents groupes afin de comparer les effets du programme).

Des effets encourageants sur les biais d’attribution dans la schizophrénie

Cinquante et un patients présentant une schizophrénie ont été répartis de manière aléatoire entre RC2S (25 participants) et RECOS (n=26 participants). Des évaluations cliniques, du fonctionnement social et neuropsychologiques ont été réalisées au début de l’étude, à la fin du programme et à trois mois de suivi, en aveugle (c’est-à-dire que les évaluateurs ne savaient pas quel programme suivait chaque participant). Le critère principal mesuré était le score de biais d’hostilité.

Les résultats ne montrent pas de différence statistiquement significative entre les deux groupes dans l’évolution au fil du temps. Néanmoins, seule l’intervention RC2S est associée à une diminution significative du biais d’hostilité entre le début et la fin du programme, suggérant un effet potentiel spécifique sur cette dimension, historiquement difficile à modifier. L’interprétation demeure prudente, en raison du nombre limité de participants  et de scores initiaux relativement faibles, qui réduisent la marge de progression observable .

Sur le plan symptomatique, les deux programmes s’accompagnent d’une amélioration globale. RECOS semble produire un effet plus marqué sur les symptômes positifs, tandis que RC2S est associé à une amélioration plus précoce des symptômes négatifs, dimension particulièrement déterminante pour le fonctionnement social.

Les deux groupes présentent également des gains dans le domaine du fonctionnement interpersonnel, mais RC2S se distingue par une amélioration du domaine « amis et activités » suggérant un impact possible sur l’engagement social élargi.

Contrairement à l’hypothèse initiale d’une stricte spécificité des effets, les améliorations cognitives observées ne sont pas exclusivement limitées au domaine ciblé par chaque programme, ce qui suggère l’existence de mécanismes thérapeutiques communs liés à l’intensité, à la structuration et à la personnalisation des interventions.

Vers une remédiation plus personnalisée

Cette étude souligne l’intérêt d’approches individualisées, adaptées au profil cognitif et social de chaque patient. Elle suggère également que les outils immersifs, comme les simulations avec avatar, pourraient favoriser le transfert des compétences vers la vie réelle.

Pour les chercheurs, ces travaux s’inscrivent dans une dynamique plus large : développer des interventions innovantes, scientifiquement validées et centrées sur les besoins fonctionnels des patients.

De futures recherches, sur des échantillons plus larges, permettront de préciser les bénéfices spécifiques de ce type de programme et d’envisager des applications dans d’autres troubles caractérisés par des difficultés de cognition sociale.

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