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Addiction et troubles alimentaire : les nouvelles recherches de Léonie KOBAN
Mis en ligne le 30 mars 2026
Léonie Koban explore comment le contexte social influence notre cerveau, nos émotions et nos envies, notamment dans les addictions et les troubles alimentaires. Lors de cet entretien, elle nous présente ses recherches innovantes et ses collaborations avec Le Vinatier.
- Q : Mme Koban, pourriez-vous nous parler de votre parcours académique et professionnel, en particulier de votre expérience en psychiatrie ?
R : Après avoir obtenu mon doctorat en neurosciences à l’Université de Genève, j’ai poursuivi ma carrière en tant que chercheuse postdoctorale, d’abord aux États-Unis, à l’Université du Colorado, puis à l’ICM à Paris. En 2020, j’ai été recrutée comme chercheuse au CNRS. Depuis fin 2022, je dirige l’équipe SOCIALHEALTH (Neurosciences sociales, affectives et de la santé) au sein du CRNL.
Tout au long de mon parcours, je me suis consacrée à l’étude des mécanismes cérébraux qui sous-tendent l’influence du contexte social sur notre expérience et notre comportement, en particulier en lien avec la santé mentale et physique. Mes travaux ont notamment montré comment des aspects aussi variés que la douleur, les émotions ou encore l’estime de soi sont façonnés par les interactions sociales.
- Q : Pouvez-vous nous parler de vos recherches actuelles et celle(s) menée(s) avec Le Vinatier ?
R : Actuellement, je dirige un projet financé par le Conseil européen de la recherche (ERC), visant à explorer comment le craving—cette envie irrésistible de consommer des substances ou de manger—est influencé par le contexte social. Si l’on sait que les habitudes alimentaires et le mode de vie sont profondément marqués par des facteurs sociaux et culturels, les mécanismes neurobiologiques sous-jacents restent mal compris.
Dans le cadre de ce projet, mon équipe et moi, en collaboration avec des chercheurs et cliniciens de l’hôpital du Vinatier—comme le Pr. Benjamin Rolland—utilisons l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Notre objectif est de décrypter comment des dynamiques sociales telles que l’évaluation par autrui, l’isolement ou le rejet modulent le craving et la prise de décision.
- Q : Pourquoi avoir choisi l’établissement pour cette recherche (ou ces recherches) ?
R : J’ai choisi de m’affilier au Vinatier pour renforcer les collaborations avec les chercheurs cliniques et développer de nouveaux projets de recherche sur les maladies psychiatriques, notamment les addictions et les troubles de l’alimentation. Ce choix s’inscrit dans une volonté de bénéficier de l’approche multidisciplinaire et biopsychosociale du Vinatier, qui correspond parfaitement à mes méthodes de recherche et à mes centres d’intérêt scientifiques.
- Q : Quelles sont les implications pratiques de vos recherches pour les cliniciens et/ou paramédicaux?
R : Mon objectif, à travers mes recherches, est de mieux comprendre les interactions entre le cerveau, le comportement et le contexte social, ainsi que les liens étroits entre santé physique et santé mentale. Ces travaux pourraient ouvrir des pistes pour une approche plus intégrée des soins et de la prévention.
- Q : Vous avez publié il y a un peu un article « A neuromarker for drug and food craving distinguishes drug users from non-users ». Dans cet article, vous utilisez l’apprentissage automatique pour prédire l’intensité de craving de drogue et de nourriture en fonction de l’activité cérébrale. Comment ces résultats font-ils avancer notre compréhension du craving, et comment ce neuromarqueur pourrait-il être utilisé dans de futurs travaux ?
R : Dans cet article, nous avons créé un neuromarqueur qui permet de mesurer l’intensité des cravings de drogue et de nourriture. Il permet aussi de faire la différence entre les consommateurs de drogue et les personnes non-consommatrices, en analysant les réponses du cerveau face à des indices liés à la drogue. Nous avons remarqué que le craving de drogue et de nourriture activent des zones cérébrales similaires, ce qui suggère que ces deux types d’envies partagent des mécanismes communs. L’avantage de ce neuromarqueur est qu’il peut être utilisé comme une référence cérébrale dans de nouvelles recherches, comme celles que nous menons actuellement.
- Q : Pourriez-vous nous parlez de vos futures collaborations avec le Vinatier ou des projets que vous souhaiteriez promouvoir ou développer avec le Vinatier ?
R : En collaboration avec le SUAL, je souhaite développer une étude visant à évaluer l’impact de l’activité physique adaptée sur le craving et les mécanismes de l’addiction. Cette recherche aura également pour objectif d’identifier les facteurs sociaux et motivationnels qui favorisent l’adoption de comportements sains, notamment l’activité physique, dans le contexte spécifique des maladies psychiatriques. Je suis également très ouverte à de nouvelles collaborations et idée de projets dans le cadre de mes travaux de recherche.




