Edito

 

L’homme habite, il prend place parmi les humains. Pour cela, il lui faut un lieu où inscrire son corps, sa subjectivité, son histoire, sa citoyenneté[1]. S’il ne peut habiter, l’homme ne peut prendre place et cela s’appelle aujourd’hui l’exclusion. L’aider à habiter, cela s’appelle lutter contre l’exclusion.

Bernard Devert, dans ses « Libres Propos », rappelle que « dans la tradition judéo-chrétienne, la terre n’est pas mère patrie, mais terre promise » , et il propose de transposer ce niveau de réalité à l’habitat.

Jouons le jeu. Dans une société démocratique et laïque, cette promesse s’appelle « justice sociale ».

La justice sociale s ‘appuie sur une politique du logement et de l’urbanisme qui propose et qui oblige. Mais comment contourner ou prendre de front les ségrégations évidentes et silencieuses : celles des « populations captives » dans les banlieues ou ailleurs, ou celles des malades mentaux. Que signifie vouloir « détruire les grands ensembles » ?.

Habiter suppose des modalités d’investissement psychiques qu’il faut comprendre : ce que cela signifie pour un enfant de construire ou de dessiner une cabane, qu’est-ce qu’habiter pour une personne schizophrène, pour une personne S.D.F. La dimension clinique s’impose ici pour contribuer au sens et à l’action. Elle s’inscrit d’autant plus dans l’intersubjectivité langagière que « l’homme habite le langage, c’est là son monde… ».

Une dernière question : comment ne pas être « plombé », immobilisé devant et dans des situations sociales « désespérées ». Ainsi Jean Maisondieu, dans un texte qui laisse pantelant, évoque t-il le trottoir comme un lieu de « simple abattoir » pour les S.D.F.

Faut-il abandonner définitivement sa part à la pulsion de mort ? Ne peut–on affirmer haut et fort que ce qui anime nombre de cliniciens, d’intervenants sociaux, et bien d’autres, c’est la conviction qu’en tout homme il y a un sujet, et que pour tout sujet il y a un lieu à habiter ?.

 

 

Notes de bas de page

[1] N’oublions pas que l’exercice du droit de vote est conditionné par la domiciliation, fût-ce dans un centre d’accueil pour SDF

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