Représentations, stratégies et redéfinition identitaire dans le processus de rétablissement

Brice Martin, Psychiatre, praticien hospitalier, MD/PhD. Service universitaire de réhabilitation/ CL3R, Lyon

Dans le contexte de la désinstitutionalisation, du développement du soin de réhabilitation, d’émergence de modèles mettant en avant les ressources du sujet et d’études longitudinales qui pointent un grand nombre d’évolutions positives des personnes touchées par un trouble psychiatrique sévère (schizophrénie, trouble bipolaire, trouble du comportement alimentaire,  trouble grave de la personnalité…), la possibilité de pouvoir se rétablir d’une pathologie psychiatrique émerge comme une donnée de plus en plus solide. L’existence de cette possibilité invite par conséquent à identifier les déterminants du rétablissement.

S’il est bien connu, dans une perspective médicale, que certaines dimensions péjorent le pronostic des personnes touchées par un trouble psychiatrique sévère, l’étude du pronostic sous un angle purement médical, en mettant de côté le rôle propre de la personne et de son environnement, ne semble pouvoir rendre compte que d’une part modeste des déterminants du rétablissement. En effet, des études récentes, s’appuyant essentiellement sur des méthodologies qualitatives, décrivent d’autres facteurs d’ordre davantage subjectifs et contextuels qui favorisent le rétablissement. Parmi ces facteurs figurent l’acceptation de la maladie, le maintien d’une insertion sociale satisfaisante(1), l’accès à des espaces d’autodétermination, l’élaboration d’une médecine personnelle(2), l’adhésion à des modèles explicatifs complexes des troubles(3) et la découverte de nouvelles valeurs(4).

Si ces travaux pointent différentes dimensions cruciales pour se rétablir d’un trouble psychiatrique sévère, une des limites importantes de ces études réside cependant dans leur prise de distance vis-à-vis de toute considération d’ordre psychopathologique, mettant donc de côté la possibilité d’envisager des logiques de rétablissement propres à tel ou tel trouble psychiatrique, pour privilégier uniquement des logiques aspécifiques. Ainsi, une des limites de cette approche centrée sur la personne réside sans doute dans un paradoxe : celui de positionner la perspective du rétablissement comme une approche centrée sur la personne et sur ce que « fait la personne », au quotidien, pour « faire face » à son trouble en éludant certaines spécificités propres à chaque trouble vis-à-vis duquel la personne entre en lutte. En effet, la question de la nature du trouble en question est rarement évoquée ou assimilée de façon très globale à la notion de « trouble psychiatrique sévère ». Le processus de rétablissement ainsi envisagé semble se résumer aux tâches que tout sujet touché par un trouble psychiatrique sévère, quel qu’il soit, doit surmonter. Ces travaux, au demeurant d’une grande pertinence, situent donc exclusivement la compréhension du rétablissement du côté du « semblable » et excluent la dimension du « différent » qu’impliquerait le maintien d’un regard psychopathologique(5), se privant ainsi d’une compréhension plus équilibrée du rétablissement.

Le repérage de logiques communes mais également spécifiques au rétablissement des personnes souffrant de psychopathologies différentes (schizophrénie, trouble bipolaire, trouble du comportement alimentaire, trouble de la personnalité) constitue l’enjeu d’une étude multicentrique qui se déroule actuellement. Cette étude, qui s’appuie sur une méthodologie qualitative (la méthode IPA – interpretative phenomenological analysis) réunit différents structures(6). Les premiers résultats sont attendus pour fin 2018.

Notes de bas de page

(1) Davidson L. Living Outside Mental Illness: Qualitative Studies of Recovery in Schizophrenia. illustrated edition. New York University Press; 2003. Davidsonn, L. (2003).  Living Outside Mental Illness: Qualitative Studies of Recovery in Schizophrenia. Illustrated edition. New York University Press.

(2) Deegan, P. (2005). The importance of personal medicine: a qualitative study of resilience un people with psychiatric disabilities. Scand J Public Health SSuppl, 66, 29- 36.

(3) Topor, A. (2012). Managing the contradictions: recovery from severe mental illness. Lambert academic publishing.

(4) Andresen, R., Oades, L. et Caputi, P. (2003). The experience of recovery from schizophrenia: towards an empirically validated stage model. Aust N Z J Psychiatry, 37(5),  586‑594.

(5) Bachy, C., Frankhauser, A. et Martin, B. (2017). Entretien avec Marcel Sassolas. Perspectives psy.

(6) Centre Hospitalier Le Vinatier – Ospere-Samdarra, Centre de réhabilitation de Saint-Etienne, Institut mutualiste Montsouris, Association de santé mentale du 13ème arrondissement de Paris, Centre de réhabilitation de Grenoble.

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