Keskesex ?

Xavier Vanderplancke, Responsable de l’Espace Santé Jeunes de Lyon et du pôle Santé du CRIJ Rhône-Alpes

Président de la Fédération Espace Santé Jeunes, Lyon

Rhizome : Comment est venue l’idée de faire une permanence par messagerie Skype et par mail à destination des jeunes ? Que permet ce dispositif ?

Xavier Vanderplancke : Au niveau national, les usagers des espaces santé jeunes (ESJ) et des points accueil écoute jeunes (PAEJ) rhônalpins au travers de leur recours à nos dispositifs durant les dix dernières années étayent clairement ce besoin de s’informer, d’être écoutés sur les questions de l’intime(1).

Face aux questionnements en matière de sexualité, l’ESJ propose un accueil de première ligne. Afin de garantir l’accessibilité du dispositif, l’accueil est décliné selon différentes modalités : en présentiel dans nos locaux, par téléphone, par mail, mais aussi depuis 2007 par messagerie instantanée Skype.

Les professionnels de l’ESJ évaluent la situation et relaient vers d’autres professionnels si nécessaire. Ce travail peut être un accompagnement vers un accueil physique dans nos locaux, une orientation vers un dispositif en capacité de les prendre en charge ou par exemple de leur prescrire une contraception.

Dans ce contexte, tout est mis en oeuvre pour faciliter un accès direct. Pour ce faire, les délais d’attente sont réduits et les jeunes peuvent « rencontrer » un professionnel au moment où ils sont prêts à en parler.

Atypique dans le domaine de la prévention, ces permanences dématérialisées permettent la disponibilité des professionnels et préservent l’anonymat le plus complet(2). Cet outil numérique permet d’agir préventivement, de répondre aux questions. C’est dans cette perspective d’information et d’écoute que s’inscrit la démarche de la permanence Skype : offrir la possibilité de « verbaliser » certaines difficultés sur des sujets parfois difficiles à évoquer par ailleurs, de vérifier ses informations en matière de contraception ou de trouver le lieu ressource le plus accessible.

Ces permanences ciblent notamment ceux qui sont les plus éloignés pour des raisons sociales, psychiques ou géographiques, une population qui n’est pas en mesure de solliciter directement une structure, voire même peu enclin à téléphoner : oser ou s’entendre dire les choses est parfois encore trop complexe…

La combinaison des différentes formes d’espace de parole que nous développons a permis de réduire les obstacles auxquels les jeunes étaient confrontés. Ils occupent notamment un rôle d’interface, de lien avec les actions collectives de promotion de la santé.

Toutes nos interventions, développées dans une démarche « d’aller vers pour faire venir », visent avant tout l’expression des participants. Plutôt que d’amener un message théorique, plaqué ou moralisateur, les professionnels de l’ESJ ouvrent un espace de parole à l’écoute des préoccupations des jeunes, pour les accompagner dans leur cheminement et, si besoin, leur apporter des informations en adéquation avec leurs questionnements. Ces interventions sont réalisées par des acteurs que les jeunes pourront revoir ou solliciter directement et plus individuellement s’ils en éprouvent le besoin, en particulier par Skype.

Les professionnels habitués aux entretiens en face à face, doivent s’adapter sur Skype à ce cadre singulier. Pour garantir l’anonymat, on ne peut ni voir, ni entendre les jeunes lorsqu’ils sont en ligne.

Si cela facilite l’expression de leurs émotions, de leurs préoccupations, les réponses des professionnels quant à elles demandent une attention particulière. Ils doivent mesurer toute la portée de la question du jeune dans sa globalité : à travers le choix des mots, mais aussi les symboles utilisés, les surnoms attribués, ou bien encore l’avatar qu’il s’agit de prendre en compte.

Rhizome : À quels sujets êtes-vous sollicités, et quelles réponses apportez-vous aux jeunes ?

Xavier Vanderplancke : Sur ce support numérique sécurisant, les jeunes peuvent choisir le moment opportun pour s’informer, s’interroger ou déposer une situation délicate. La relation au corps et à l’autre, les doutes, deviennent alors des sujets qu’il est possible d’aborder sans crainte d’être jugé par une personne, même bienveillante, de son entourage.

La question spécifique de la contraception est récurrente chez les mineures. Elle se pose majoritairement dans un contexte d’urgence souvent dissocié du risque d’infections sexuellement transmissibles (IST).

La situation peut être déposée en préambule à un entretien avec les parents, mais en général, le fait de pouvoir échanger à la maison avec ses parents est parfois même inimaginable pour les jeunes femmes que nous « recevons ».

Les questions les plus fréquentes concernent : la pilule, son fonctionnement, les idées reçues, la prescription, la virginité, les premières fois, l’avortement, la pilule du lendemain, la violence dans le couple, la rupture…

Rhizome : Peut-on dire que la sexualité peut s’apprendre sur internet aujourd’hui ?

Xavier Vanderplancke : La sexualité ne s’apprend pas sur internet, c’est par contre l’une des premières ressources pour s’informer(3). L’accessibilité apparente de l’information peut donner l’illusion de croire que les jeunes sont bien informés en matière de sexualité. Toutefois, les sources d’information se multipliant, les jeunes ont désormais non seulement du mal à se repérer dans la complexité du système de soins, de prévention, mais également dans les ressources internet qui peuvent être développées par des institutions, des associations, des structu1res privées et par chaque internaute. Face à cette infobésité, cette information non calibrée, il était nécessaire de développer un nouveau support garantissant un accès simplifié et actualisé aux ressources existantes, un outil destiné à faire le lien entre les professionnels et les jeunes rhônalpins et auvergnats.

Le site keskesex.fr

Ce site a été réalisé par l’espace santé jeune (ESJ) de Lyon, dans le cadre d’un partenariat avec le conseil régional Rhône-Alpes. Il est un des volets du dispositif « pass contraception-prévention » destiné à répondre aux préoccupations des jeunes sur les problématiques de santé sexuelle et reproductive.

Nous vous invitons à consulter le site Keskesex : keskesex.fr

Notes de bas de page

(1) Xavier Pommerau, dans son rapport, attestait déjà d’un double besoin des jeunes en matière de santé : le besoin d’obtenir des renseignements directement utiles et le besoin de parler de soi, de ses relations à autrui, de son devenir personnel. Pommerau, X. (2002). Santé des jeunes : orientations et actions à promouvoir. Sous un autre angle, Christophe Moreau, sociologue, chercheur au LARES (Laboratoire de Recherches en Sciences Sociales, Rennes) souligne cette demande récurrente d’écoute, de relation à l’adulte. Moreau, C. (2012). La santé des jeunes et postures éducatives dans les zones urbaines. Communication présentée à la conférence « Les jeunes et la santé : clés de lecture et initiatives en matière d’accompagnement » du Centre de ressources et d’échanges pour le développement social et urbain (CR-DSU), Lyon.

(2) Pas de vidéo, pas de voix, uniquement de l’écrit par une messagerie instantanée.

(3) Selon le site internet www.tasanté.com, 80 % des jeunes se sont déjà renseignés sur la sexualité ou la contraception sur internet.

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