Edito

Jean Furtos

« Jeunesse, le devoir d’avenir »

Il devient de plus en plus impossible de ne pas croiser ou prendre de front la thématique « adolescence ».

L’adolescence commence de plus en plus tôt et finit de plus en plus tard, ce qui en révèle sa nature de construction sociale. Fascinants autant que suspects, les adolescents, les « jeunes » posent des problèmes aux institutions.

« Ils » envahissent l’espace psychique des personnes autant que l’espace public de la cité : centres commerciaux, Stade de France et autres lieux, bouleversant le bel ordonnancement des règles établies. Que veulent-ils ? Faire la fête ? Détruire ? Se faire reconnaître ?

En tout cas la spirale de la méconnaissance, mais aussi celle de la peur et du ressentiment, se déroulent quasi sans espace de réflexion.

« Ils » envahissent même la nosographie de la pathologie psychiatrique adulte puisque certains auteurs, et non des moindres (Jean Bergeret, Jean-Jacques Rassial) suggèrent d’aborder la pathologie montante, constituée d’états limites et de troubles identitaires narcissiques, comme une adolescence prolongée  qui maintient l’incertitude identitaire.

Dans ce numéro 6 de Rhizome, nous n’évoquerons pas tous les adolescents qui vont bien, ni quels sont leurs « trucs » pour y parvenir. Tout au plus notre ami Marzouki, dans sa page d’humeur corrosive, interroge t-il sur l’éternel adolescent que nous portons en nous.

Nous envisagerons surtout, pour tenter de les penser, des rencontres singulières, des situations particulières. Comment rencontrer cet adolescent à Paris ou à Bamako, à Sousse ou à Bobigny ? Ceux dont nous parlons sont en échec scolaire, en errance, en prison, violents, suicidaires ou suicidés. Ils vont mal. Ils ne sont pas en souffrance psychique mais en péril psychique.

Comment résister lorsque, habité par une mélancolie d’indignité, un(e) adolescent(e) nous pousse à la faute, c’est à dire à l’abandon de responsabilités, voire au rejet ? Comment faire appel à la loi, à la limite, sans la réduire aux règlements ? Ces questions, nous avons à les élaborer, nous, parents, éducateurs, aidants, soignants, politiques.

N’oublions pas que cette mélancolie des jeunes, souvent méconnue, renvoie  aux pensées à peine latente de beaucoup d’adultes désemparés : « le passé est un cimetière, L’avenir est un désert ».

C’est pourquoi il faut lire le rapport du Commissariat Général du Plan, ou au moins le texte écrit pour Rhizome par Dominique Charvet, Président de la Commission « Jeunes et politiques publiques », qui a élaboré ce rapport. Il s’agit d’une contribution éclairante pour notre temps, au titre superbement stimulant : « Jeunesse, le devoir d’avenir », que nous avons mis en exergue de ce numéro.

Dans une société où la pression est faite pour que « les jeunes » sachent ce qu’ils veulent dans le même temps où leurs aînés ont souvent perdu toute ambition collective, nous, les adultes actuellement en charge, nous avons à travailler avec eux et pour eux le devoir d’avenir. Celui-ci n’est ni plus ni moins que « le travail de civilisation » dont Freud nous a rappelé le caractère difficile, douloureux et toujours inachevé.

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