Une mobilisation régionale pour prendre en compte et étudier les phénomènes de pauvreté et d’exclusion en milieu rural

Amélie Appéré de Sousa - Déléguée régionale de la FNARS Bourgogne

Tony Foglia -  Docteur en économie de la santé - Responsable d'études à l’ORS Bourgogne

En 2002, la plateforme de l’observation sanitaire et sociale animée par l’ORS[1] Bourgogne a mené un travail important sur les indicateurs de pauvreté en Bourgogne. A travers une approche cantonale, cette étude faisait apparaître que si les indicateurs de pauvreté et de précarité étaient plus défavorables sur les villes, il existait des cantons ruraux aussi défavorisés ou cumulant une situation socio-économique difficile.

Les données collectées en routine montrent que la Bourgogne est une région rurale, un tiers de sa population vit en milieu rural (18% en France métropolitaine) qui occupe les deux tiers du territoire. L’espace rural est dominant dans la Nièvre, l’ouest de la Côte-d’Or, le sud-ouest de la Saône-et-Loire et le nord-est comme le sud-ouest de l’Yonne. Une typologie en cinq classes des cantons bourguignons, réalisée par l’ORS en 2010, a permis de mettre en évidence les caractéristiques socio-sanitaires des cantons de la région. On retrouve ici l’opposition entre le rural et l’urbain. Les disparités entre ces espaces ne peuvent pas se résumer qu’en termes de population, d’autres différences socio-sanitaires demeurent. Dans cette analyse, deux types d’espaces ruraux peuvent être mis en avant : l’un à l’est, constitué essentiellement de cantons de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire et l’autre à l’ouest, avec principalement des cantons de la Nièvre et de l’Yonne. Bien que d’une manière générale, ces deux espaces apparaissent comme peu favorisés tant sur le plan économique que sanitaire : offre de soins faible, peu dotés en équipements de santé, avec une population âgée, la situation apparaît comme étant la plus défavorable pour les cantons de la Nièvre et l’Yonne. On y constate à la fois une surmortalité générale et prématurée et certains aspects de la précarité des conditions de vie plus fréquents (taux de chômage, part des bénéficiaires des minima sociaux…).

Dès 2004, la FNARS Bourgogne s’est saisi de ce travail pour approfondir ces observations sur les questions de pauvreté et d’exclusion en milieu rural. En effet, nos associations adhérentes qui interviennent en milieu rural et rurbain, ont observé depuis une trentaine d’année, que les situations d’exclusion et de pauvreté se sont intensifiées, et n’ont pas trouvé l’écho attendu tant dans les études menées que dans la mise en œuvre de politique structurante. C’est pourquoi en 2008, il nous ait paru important de sensibiliser et de mobiliser l’ensemble de nos interlocuteurs institutionnels afin de rendre visible la question de la pauvreté en milieu rural et de faire en sorte qu’elle soit prise en compte avec ses spécificités dans les politiques publiques sociales et sanitaires mais aussi culturelles et économiques.

Une étude a donc été réalisée à la demande de la plateforme d’observation sanitaire et sociale et de la FNARS Bourgogne sur l’ensemble de la région. A travers cette étude, nous nous sommes donné un double objectif : comprendre les situations de pauvreté et d’exclusion et analyser les processus d’insertion mis en œuvre sur les territoires.

A partir de cette étude, nous avons constaté que la ruralité est souvent négligée par les analyses des phénomènes d’exclusion et de précarité. Les données et études statistiques, monographiques engagées par les institutions publiques d’Etat, les collectivités locales et les organismes de protection sociale sont rares. Pourtant il apparaît de véritables spécificités en termes de logement, d’emploi, de santé, de mobilité, d’accès aux droits qui amplifient la pauvreté dans les zones rurales. Elles appellent à une prise en compte particulière.

A la suite de ces travaux, la FNARS, soutenue par la CCMSA[2], a animé un groupe de travail sur la thématique de l’exclusion en milieu rural de 2009 à 2013 et a produit avec différents partenaires (Familles Rurales, CNLRQ, Habitat et Développement, Solidarités Paysans, Chantier Ecole,…) une note de cadrage afin de rendre visible les situations observées par les acteurs associatifs.

Quelques éléments d’analyse :

Dans un secteur rural multiforme et divers, la pauvreté sur les territoires ruraux a de véritables spécificités :

  • L’éloignement et la dispersion géographique
  • Un parc de logement ancien dégradé et inadapté
  • Une valeur travail forte
  • Une solidarité naturelle qui s’étiole face à un isolement social de plus en plus important
  • Un désert médical couplé à un désert social qui accentue les situations d’exclusion

Ainsi, la pauvreté en milieu rural conduit à des phénomènes de sur-adaptation, de stigmatisation, d’assignation territoriale et enferme dans une pauvreté silencieuse. Les familles monoparentales et néo-rurales, les jeunes et les exploitants agricoles en difficultés sont les personnes les plus touchées par ces phénomènes.

Malgré une rareté et une dispersion des acteurs sociaux et institutionnels, les territoires ruraux sont riches de ressources et d’initiatives. Les territoires ruraux sont en capacité de construire de véritables innovations à condition de favoriser les complémentarités et les cohérences des interventions, et de coproduire entre acteurs sociaux, sanitaires et économiques en s’appuyant sur des véritables projets politiques de territoire. 


Notes de bas de page

[1] ORS : Observatoire Régional de Santé.

[2] CCMSA : Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole.

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