Edito

Jean Furtos

Pourquoi un nouveau Rhizome sur l’accompagnement ?

Celui de Septembre 2005 décrivait l’extension de ces pratiques à effets positifs en termes de santé mentale. Ce numéro vient mettre les points sur les « i » : une telle extension est vitale et nécessaire, mais avec un côté ambigüe et inquiétant : elle se déploie sur la disparition des relations humaines ordinaires qui devraient aller de soi dans le travail, validant par son déploiement cette disparition. On peut en trouver une illustration dans le monde de « l’excellence » et de la compétitivité en lisant le texte sur le coaching des banquiers, et en miroir, celui sur les bénévoles accompagnant les emprunteurs vulnérables en difficulté financière..

Cependant le soin est non moins concerné. Pour mémoire, accompagner signifie : aller vers un partage du pain, partager une réalité substantielle qui nourrit autant celui qui donne que celui qui reçoit, partage vital ; au contraire, l’ex-compagnement, terrible néologisme proposé par Frédéric Mougeot, est la sortie de ce partage et caractérise la compulsion obsédante à diriger les patients…vers la sortie, en raison du turn over des lits hospitaliers raréfiés.

Dans ce contexte, les propositions suivantes sont plus que des hypothèses :
1- L’extension des pratiques d’accompagnement tend à prévenir un effondrement du lien social et du temps humanisé ; et cela en antidote d’une hyper-technicité qui concerne le soin psychiatrique, le travail social, le travail avec l’humain en général. Certains se demandent si ces pratiques restent encore légitimes ; ils s’interrogent aussi sur le compagnonnage dans les équipes, autour de la transmission des savoirs et des savoirs faire, au service d’un métier valorisé, motivant et utile.
2- Les études sur ces pratiques mettent en évidence la nécessité d’une capacité de trans-gression, dans le sens d’aller au-delà des orthodoxies professionnelles apprises ; ce qui suppose des marges de manoeuvres et une disponibilité peu autorisées par le néo-management. L’accompagnement doit néanmoins se référer à l’éthique et aux bonnes pratiques.
3- Enfin, l'accompagnement progresse sur le terreau d'une précarité de la transmission verticale entre les générations et horizontale dans les groupes humains.

Cette carence, cruciale à reconnaitre, justifie un prochain numéro de Rhizome : pour prendre un exemple qui nous concerne, que se passe-t-il entre la génération des « anciens » de la clinique psychosociale (au sens le plus large de ce terme) et celle des plus jeunes ? Pour bonifier cette question, nous appelons nos lecteurs, quel que soit leur métier, à prendre contact avec nous pour une contribution. MERCI DE NOUS ACCOMPAGNER !

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