Edito

Christian Laval

Jean Furtos

 

Ce numéro 4 de Rhizome a été conçu comme un numéro charnière :

Il appelle à une distanciation de l’imaginaire collectif pour défusionner la situation de précarité sociale et la figure archétypale de l’homme de la rue.

Il énonce, au fil des textes, la structuralité du lien entre le psychique et le social dont rend compte aujourd’hui l’appellation souffrance psychique.

On sait que la psychiatrie de secteur construit progressivement, sur tout le territoire, des modalités concrètes pour proposer un soin psychique aux plus démunis, toujours avec le souci du partenariat. Cela reste à étendre et à pérenniser.

En même temps, nous vivons dans une société globalement précaire marquée par l’obsession généralisée de perdre ses objets sociaux, ses signes de reconnaissance, ses valeurs, bref, ce qui fait Monde. Pourquoi certains s’en sortent-ils plutôt bien, d’autres plutôt mal ou même très mal ? Nous disons que la position sociale est davantage qu’un paramètre parmi d’autres, car le narcissisme marche avec la reconnaissance d’existence effectuée par le groupe sur la scène sociale.

La liste est longue lorsqu’il s’agit de compter les incomptés de la précarité psychique et sociale, et notre propos ne vise aucunement à l’exhaustivité. Entre autre, nous n’avons pas traité le point particulier de la précarité rurale et semirurale dont la méconnaissance mérite un développement ultérieur. Le déni de réalité d’une véritable clinique de la disparition doit être levé, même si cette disparition (du sujet, voire d’un groupe entier) peut réapparaître paroxystiquement sous la modalité de la violence, ou plus souvent être appréhendée sous le registre de la souffrance psychique et de ses avatars.

C’est pourquoi s’impose maintenant avec acuité la nécessité de rendre compte de l’émergence intrusive et durable de cette notion de souffrance psychique dans l’épistémologie contemporaine. Cette investigation constituera le thème de notre prochain numéro.

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