Drogues en milieux festifs et nouveaux modes de consommations

Ugo D’Alessandro, Directeur de l’association Spiritek, Lille.

L’association Spriritek[1] est une association Loi 1901 du Nord de la France, qui se fonde en août 1996 autour d’une démarche d’acteurs et d’amoureux des musiques électroniques qui tentent alors de répondre à une carence de ses publics en matière de savoirs objectifs concernant les risques liés aux drogues, à leurs modes d’usages et à leurs co-morbidités environnementales (prises de risques sexuels, conduite automobile, etc). L’association Spiritek s’appuie sur l’observation et la connaissance des phénomènes spécifiques des milieux festifs du Nord de la France et de la proche Belgique.

Elle totalise quelques 50 à 60 interventions de terrain dans les milieux festifs par an, et travaille sur le versant transfrontalier Franco Wallon, le plus souvent dans les mégadancings (grandes discothèques) du Tournaisis avec les équipes de prévention de la Ville de Mons, notamment sur le festival important de Dour, ainsi que de nombreux partenaires impliqués dans la réduction des risques et la prévention en Belgique. Les équipes dans ce cadre particulier lié à l’étendue et à la durée de ce festival de 4 jours rassemblant quelques 150 000 personnes dont 40 000 en camping, sont renforcées par des services supplémentaires de prises en charges avancées réunissant quelques 70 personnes.

Les drogues consommées dans ces milieux sont très accessibles, peu onéreuses et bénéficient d’un renouvellement de représentations subjectives très positives des publics consommateurs. Certains usagers l’associent à l’esprit de la fête elle-même. Cette situation aujourd’hui s’explique par l’histoire de l’implantation de ces produits dans les années 1990. Les représentations des jeunes concernant les risques liés aux drogues ne trouvaient pas réponses satisfaisantes. A l’époque, la prévention s’échinait trop souvent à proposer un discours mono centré sur l’évitement de la pharmacodépendance renforcé par une opinion publique qui la dénonçait avec beaucoup de passion et d’émotion en stigmatisant le danger autour de l’héroïne, produit principal référent. La pandémie de sida n’arrangeait rien. Les jeunes ne bénéficiaient donc pas ou de très peu de compétences d’identification et / ou de distinction des différents types d’usages, des différents effets des produits, et en résumé, étaient livrés à leurs propres expérimentations ou discours de leurs pairs. Ces dernières années sont marquées par les poursuites importantes de consommations dites festives de drogues organisées autour d’un phénomène de poly-consommation associée à de plus en plus de moments de fêtes et la forte évolution de la consommation de cocaïne.

Les raves parties recouvrent particulièrement l’expression saine et réactionnelle d’une jeunesse qui tente de trouver une place dans une société qui n’intègre plus ou peu. Les jeunes consomment, le week-end, de la route, du mouvement, des drogues, leurs propres existences, bref consomment de l’identitaire au sein de nouvelles communautés de ressentis. Parce qu’il n’y a plus de place, parce que les diplômes ne reconnaissent plus les talents, parce que les personnes deviennent des individus ou leurs fonctionnalités deviennent plus précieuses, fortes et présentes que ce qu’ils sont tout simplement… Mais à force de réagir, on n’agit plus. On pense moins sa vie.

Même si ces consommations sont encore fort rencontrées dans les milieux des musiques électroniques, elles dépassent largement leur cadre initial de prévalence. Les conséquences sont rarement sanitaires dans l’immédiateté du constat des problèmes rencontrés, mais surtout psychologiques et sociales.

La première condition pour la mise en œuvre de l’intervention précoce, vise à proposer des possibilités de contacts. Elle comprend d’abord un espace de proximité et de rencontre permettant l’identification initiale des personnes ayant des problèmes attribuables à la consommation et des activités d’intervention précises visant à éliminer les obstacles à la prestation des services. Les stands et les modes opératoires dans les milieux festifs sont donc primordiaux quant à la création de ces conditions.

L’engagement d’une discussion avec un professionnel de santé est une bonne occasion de changement positif. Des techniques d’entrevues brèves et comportementales sont utiles pour améliorer la réceptivité au changement parce qu’elles favorisent la collaboration avec les usagers et les inscrivent comme auteurs et acteurs de leurs changements, associées à des techniques d’entretiens motivationnels pour améliorer des approches d’interventions brèves. Il s’agit alors d’aider les usagers à examiner leur ambivalence au sujet de leur consommation et leur permettre de faire un choix face à leur balance décisionnelle.

Il s’agit enfin, de les inviter à s’inscrire dans un suivi qui peut devenir thérapeutique si nécessaire.

Note de bas de page


[1] Association Spiritek, 49 rue du Molinel, 59000 Lille. Tél. 03 28 36 28 40 / 03 20 31 19 19 - e-mail : spiritek-adsl(at)nordnet(dot)fr

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