Edito

Après le précédent numéro sur la demande, aborder le thème de l’offre s’est tout naturellement imposé. « Quel soin offrir à qui ne demande rien ? » s’interroge Jean-Jacques Tabary. Mais nous ne nous attendions certes pas à un retour majeur sur la subjectivité, la nôtre, celle des aidants en général, celle des psychiatres en particulier.

Tout a commencé par un échange de lettres entre Thierry Trémine, secrétaire général de l’Information  Psychiatrique : cette société scientifique tenait récemment à Vannes un important congrès sur l’avenir du secteur. Je me suis étonné que la question du social n ‘y soit pas explicitement abordée : ni précarité ni exclusion, ni partenariat ni réseau, rien, pas d’avenir en ce domaine. Thierry Trémine m’a répondu, entre autre, que « l’appareil psychique des psychiatres » n’était pas ouvert à cette question. Cette affirmation  est bouleversante : cette fermeture est-elle ontologique ou conjoncturelle ? ll faut lire la réponse du Docteur Trémine, sollicité par le comité de rédaction pour développer ce point de vue : il s’avère que les psychiatres des hôpitaux ont un « appareil psychique » actuellement immobilisé par des préoccupations qui découragent la créativité clinique aussi bien que la fidélité au serment d’Hippocrate.
L’analyse de Stéphane Paul est remarquablement convergente : nos méthodes d’évaluation seraient obsolètes car elles ne tiennent pas compte de ce qui fait offre dans le contexte actuel, à savoir, la subjectivité d’un professionnel suffisamment bien préparée à un engagement distancié que certains types de pratiques appellent. C’est dans ce cadre que se pose la pertinence d’une « socio-économie » de la santé « au défi de la précarité » (Lahsen Abdelmalki).


Le thème de l’offre est par ailleurs décliné sous différents angles d’approche : risque d’un malentendu fondamental entre le sujet exclu et la proposition d’une médicalisation désubjectivante (Jean Maisondieu) ; ouvertures des possibilités théoriques et pratiques d’une possible rencontre entre non demandeurs et offrants (Gladys Mondière et Jacques Simonnet) ; engagement d’une municipalité qui prend au sérieux les questions de santé (Laurent Elghozi) ; exemple d’un travail, sur le terrain, entre infirmières du CMP et travailleurs sociaux du CCAS (Bron) ou : comment concilier, dans le travail ordinaire du secteur, le pôle du soin et celui de l’intervention sociale.


Le numéro 2 de RHIZOME s’intitulait « Métamorphoses de la demande et engagement dans le soin ». Cet engagement est concrètement abordé dans ce numéro. Il débouche sur la responsabilité du politique, envisagée comme ce qui autorise ou décourage les professionnels payés à cet effet. Le débat est ouvert. Souhaitons qu’il soit animé, contradictoire et fécond. Ce sont les meilleurs vœux que nous puissions formuler pour la nouvelle année.

Haut de contenu