Edito

Valérie Colin

Des publics très hétérogènes manquent de logements : les nouveaux pauvres, les jeunes, les personnes âgées, les personnes en souffrance mentale sortantes d’hôpitaux psy et les personnes désocialisées, chronicisées à la rue et mises au devant de la scène à partir du mouvement des Enfants de Don Quichotte. Il existe un écart important entre des droits affirmés et la réalité, c’est-à-dire des droits sans effectivité. Le Droit Au Logement Opposable peut donc rester sans effet du fait de la raréfaction de logements accessibles et adaptés. De la mise à l’abri d’urgence à l’insertion par un logement autonome et durable, que d’étapes, d’épreuves personnelles, de revers dans le parcours d’hébergement !!  

Ce numéro témoigne des passages difficiles, des seuils à franchir pour celui ou celle qui a besoin d’un toit qui protège pour « retrouver des sécurités » (C.Laureau). Pour certains, habiter, qui n’est pas seulement avoir un logement, est une prise de risque parfois trop importante pour tenter seul l’aventure. Pour d’autres, prendre ce risque, c’est se confronter à la désorganisation, au chaos et  à la crainte de mourir chez soi.

Quitter le collectif de la rue peut aussi être un frein à l’accès au logement. Un mouvement personnel peut venir entraver la possibilité d’habiter un logement ordinaire ou de l’habiter de manière ordinaire.

Au seuil du déséquilibre, au bord du logement, nous apprenons qu’il faut prévoir la crise et l’accepter comme une temporalité nécessaire ; qu’habiter n’est pas toujours possible, que le temporaire se fige ; qu’il faut un temps non programmé, des pairs étayants dans une confiance qui se construit au fil de l’expérience et de la présence. Le passage obligé d’un dispositif intermédiaire à l’autre, activé par une société où les uns s’efforcent d’activer les autres, interroge la qualité véritablement transitionnelle de ces dispositifs temporaires. S’appuient-ils sur le mouvement propre du sujet et sur sa capacité créatrice à inventer son lieu avec ceux qu’il trouve et rencontre sur son chemin, ou sur une relation uniquement soumise à l’idéal du projet? Comment concilier le besoin d’un toit pour soi et le besoin d’être avec d’autres, de vivre en communauté ou en groupes ? C’est là que l’accompagnement dans la présence continue, contenante, compréhensive, consolatrice parfois, prend tout son sens: passages périlleux d’une vie organisée par l’urgence de la rue,  par la survie, à un univers où il faut tout (ré)apprendre à apprivoiser, l’espace d’un logement, des voisins et les servitudes ordinaires de celui qui possède enfin une adresse. C’est pourquoi, beaucoup s’inquiètent de ce que la loi DALO n’inclue pas, dans sa forme actuelle, la nécessité de l’accompagnement.

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