Edito

Jean Furtos

Christian Laval

Il n’y a de danger qu’en situation et dans ces cas-là, reconnaissons que le déni ou la banalisation sont à déconseiller ; le danger situationnel s’évalue comme un risque effectif à traiter correctement, si possible de manière préventive. Il ne doit pas être confondu avec une dangerosité sociale définie comme un état « accroché » à certains types de personnes, de parcours, de pathologies, sur le modèle de ce qu’on appelait au XIX siècle « les classes dangereuses ». Cette époque, rappelons-le, était celle des premières émeutes urbaines : la révolte des canuts. Un tel « modèle », qualifié de scientifique, serait surtout risible s’il ne risquait de produire ce qu’il dit redouter.

Pour éviter le déni autant que la généralisation abusive, il faut et il suffit de s’abstenir de penser en termes de « tout ou rien », que cela porte sur les enfants de trois ans, les jeunes des banlieues, les étrangers, les malades mentaux… et cette liste n’est pas exhaustive.

Il s’agit de penser, tout simplement, sans éluder la vraie question: de quoi et de qui faut-il avoir peur aujourd’hui ? A cet égard, rappelons tout de même que les crimes de sang sont devenus rarissimes ; est-ce pour cette raison qu’ils sont passés de la rubrique des faits divers à la une de nos journaux? Rappelons aussi que les malades mentaux ne commettent pas davantage de  meurtres que le tout venant de la population.Penser la peur, cela signifie notamment évaluer les situations de danger :

- à partir de l’expérience des acteurs engagés dans l’action et de leur appréciation du risque,

- à partir d’un contexte à l’élaboration duquel concourent la réflexivité, l’histoire, et une temporalité qui va au-delà de l’urgence et du « sensible »,

- à partir de l’approche du politique dont la légitimité du pouvoir sur autrui doit passer par l’ascèse de se démarquer de cette pensée du tout ou rien. En particulier, l’usage et le mésusage des chiffres méritent d’être soigneusement discutés au sein d’un espace critique où le point de vue du terrain et l’expertise scientifique ont leur place.

L’enjeu est d’importance : on sait qu’une prédiction a fortement tendance à se réaliser, surtout si elle émane d’une personne en situation de pouvoir symbolique. Il s’agit de ne pas confondre une prévention raisonnée avec une prédiction suspicieuse.

 

 

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