Faut-il hospitaliser sans leur consentement les personnes sans abri, par grand froid ?

Jean Furtos, Psychiatre

 

Il est intolérable de voir une personne sans abri, morte de froid dans la rue, et les effets tragiques de la canicule de cet été ont augmenté la culpabilité collective et les exigences qui en découlent.

Cette année, comme chaque année depuis 1995, il y a un « plan froid » pour l’hiver incitant à une vigilance active en ce domaine. Dominique Versini, Secrétaire d’Etat  à la lutte contre la précarité et l’exclusion, a envoyé deux lettres circulaires en date des 7 octobre et 7 novembre dernier[1], dressant le plan exhaustif et structuré de ce qu’il convient de faire pour que personne ne meure dans la rue.

En cas de nécessité, parmi toutes les mesures, est évoquée la possibilité d’une hospitalisation sans consentement, ce qui renvoie à l’hospitalisation sur demande d’un tiers (HDT), voire à l’hospitalisation d’office (HO). Il est précisé que « l’obligation d’assistance à personne en danger sera appréciée (c’est nous qui soulignons) par les acteurs de terrain, intervenants sociaux et médecins ; et parmi ces derniers, ceux qui peuvent, ou non, signer l’hospitalisation sans consentement. Cette invitation forte a au moins deux effets :

  •  un effet positif, celui de rappeler  que même ceux que l’on nomme parfois « les cas sociaux » ont droit à l’accès aux soins. Parmi les personnes sans abri, on doit rappeler que la proportion de maladie psychiatrique avérée est fortement supérieure à celle de la population générale.
  • un effet négatif : celui d’une écoute radicalisée conduisant à l’injonction de psychiatriser et « d’interner » toute personne sans abri refusant l’hébergement par temps de grand froid. L’argument s’appuierait  sur la situation de danger amené par le refus de l’hébergement proposé.

 

Toute situation devant être jugée, au cas par cas, il doit être clair qu’une telle radicalité trouverait là une application pertinente de l’article de J.P. Martin « Violences pour le bien des personnes »[2].

Il n’est pas simple de vouloir aider quelqu’un qui récuse l’aide en situation vitale. Le contournement de la récusation reste un art difficile dont on ne peut se défausser, soutenu par une double préoccupation : la vie de l’autre et le respect de ses défenses.

Notes

[1] Dispositif national « Urgence sociale et insertion » - Objectifs  2003/2004

[2] Dans ce numéro

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