La pédopsychiatrie aujourd’hui et demain

Pierre Delion, Praticien Hospitalier, Chef de service, secteur ouest de Psychiatrie infanto-juvénile, CH Ste Gemmes sur Loire

La pédopsychiatrie d’aujourd’hui et de demain est un creuset de « choses » formidables et passionnantes. En effet, les avancées récentes en ce qui concerne cette discipline médicale singulière sont d’une grande portée sur les plans épistémologiques et anthropologiques, ce qui n’est pas sans intérêt non seulement pour les enfants et les adolescents eux-mêmes, mais aussi pour la société toute entière.

La pédopsychiatrie limite son champ à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Depuis peu, elle a introduit la notion de psychiatrie du bébé (B. Golse) puis celle de psychiatrie fœtale (M. Soulé, S. Missonnier), à la recherche d’expériences lui permettant d’inférer les hypothèses dont elle a besoin pour affiner les constructions théoriques qui lui servent dans les soins des enfants et des adolescents. Ce faisant il est rapidement apparu à ses inventeurs que les conséquences allaient bien au-delà de ces objectifs, donnant à ceux qui travaillaient directement avec les bébés, les mamans enceintes et leurs soignants, des éléments suffisamment décisifs pour qu’il soit maintenant communément admis que la pédopsychiatrie a une place déterminante dans ces spécialités de la médecine, au service plus ou moins direct de l’enfant lui-même. La périnatalité ne peut désormais plus être traitée sans qu’une référence soit faite à la place de la pédopsychiatrie. Les notions de bébés à risque, d’évitement relationnel du nourrisson (A. Carel), de pathologie psychosomatique du jeune enfant (L. Kreistler), sont désormais des entités cliniques à part entière dont les pédiatres ne devraient pas pouvoir se passer pour accueillir les bébés d’aujourd’hui. […]

Si, dans les diverses occurrences de la pédopsychiatrie, les dispositifs pensés par les équipes qui les accueillent ont intégré progressivement les effets et les aléas de la parentalité, du transgénérationnel (S. Lebovici), ils ont également pris en compte d’autres éléments jusqu’alors considérés avec plus ou moins d’intérêt pour notre discipline ; c’est ainsi que les recherches récentes sur l’attachement, sur les prémisses du langage, sur la cognition, sur le transculturel, ont facilité une compréhension plus globale du développement de l’enfant ; de même, des travaux sur l’encéphale, sur le gène, ont pu nous permettre de penser des convergences, chacun dans nos sous-ensembles, entre psychopathologie et biologie (Edelman, Damasio, …). Nous voyons alors aujourd’hui les nouvelles directions que vont prendre les recherches portant sur l’intégration de toutes ces données nouvelles sans pour autant en déduire que chacun des champs épistémologiques dont ils sont issus aurait à en perdre son âme. Dans le même mouvement, les résultats escomptés ne pourront qu’améliorer les conduites à tenir avec les enfants, à condition que la standardisation d’une certaine forme de pensée contemporaine n’aboutisse pas à une uniformisation des réponses ; car la pédopsychiatrie se situe, tout comme la psychiatrie d’adultes, dans un espace de la science qui ne peut oublier que l’adjectif « humaine » qui lui est nécessairement apposé, ne diminue pas pour autant la rigueur nécessaire à son bon développement, même si, pour y parvenir, elle ne saurait se satisfaire du seul modèle des sciences dures.

Dans un monde contemporain qui comporte un accroissement des inégalités non seulement entre les plus riches et les plus pauvres des citoyens de nos pays, mais également entre les différents pays de cette planète, il apparaît aujourd’hui que les enfants sont pris dans des enjeux politiques et socio-économiques qui risquent de faire oublier la singularité de chacun d’eux. La pédopsychiatrie de demain, en s’efforçant de tenir compte de tous les paramètres qui président au bon développement psychique du petit d’homme, doit de plus continuer de veiller à ce que les plus en difficulté d’entre eux, soit sur le plan de la gravité de leurs troubles psychopathologiques, soit sur celui de la précarité de leurs conditions d’existence au monde, puissent bénéficier de son approche accueillante et structurante pour une atténuation de leurs souffrances psychiques.

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