Usagers « vulnérables » et santé mentale

L'interprétariat en santé mentale / Nicolas Chambon (Orspere-Samdarra, Centre Max Weber), Arnaud Béal (Orspere-Samdarra, GREPS), Natacha Carbonel (Orspere-Samdarra)

Il importe, pour cette recherche, d’étudier et analyser les pratiques des professionnels en santé mentale dans l’entretien thérapeutique avec interprète, d’identifier les enjeux et les effets cliniques de l’entretien thérapeutique avec interprète, de conceptualiser les manières de soigner aujourd'hui en psychiatrie publique, à partir d'un travail sur la figure de l'interprète dans le soin, et enfin de favoriser les échanges entre professionnels autour des pratiques de l’entretien avec interprète au CH Le Vinatier.

Les souffrances psychiques des migrants précaires

Le plan d’enquête porte sur deux plans qui semblent aujourd’hui complexifier la question de la prise en charge des migrants : Celui du parcours des personnes migrantes en situation de précarité et celui de la souffrance de ce public, et par conséquent des manières de le prendre en charge. Le matériau de ces études, et les connaissances qu’elles apporteront seront des ressources pour le volet pratique.

Objectiver et quantifier les orientations et adressages des personnes migrantes précarisées

Les entrées dans le droit commun, que ce soit par les Permanences d’Accès Aux Soins (Pass) ou par les équipes mobiles sont très diverses et peuvent s’inscrire dans des parcours de soin ou administratifs.Pour ces « migrants précaires », passés très souvent par la demande d’asile, les problématiques sanitaires viennent souvent après les questions administratives, en ordre de priorité. Il arrive aussi que certains soient orientés par des avocats pour objectiver une pathologie, pour faire une demande de titre de séjour « étranger malade ». Plus généralement c’est aussi un des rares lieux d’accueil à bas seuil d’exigence, où chacun peut venir, occasionnant un effet d’« appel d’air ».

Nous avons donc établi le constat que ces migrants précaires cumulent les vulnérabilités, qu’elles soient psychiques, sociales ou administratives. Cela concoure de fait à étendre le type de demandes d’aide et leur nombre. Les usagers recourent ainsi à la Pass en étant toujours orientés par un partenaire (le plus souvent par des associations) mais pour des raisons pouvant être très diverses, occasionnant par la même une confusion sur ce que peut apporter le dispositif aux usagers qui la fréquentent.

Caractériser et quantifier les pathologies

Ce public parait aussi difficile à soigner pour les professionnels que nous rencontrons dans le cadre de nos activités. Les pathologies ne correspondent pas forcément à des catégories nosographiques identifiées. Les situations cliniques de ces patients migrants précaires sont particulièrement complexes aux yeux des soignants. La dimension traumatique des pathologies trouve son origine à la fois dans les causes du départ et les conditions des parcours et d’arrivées en France ponctués de violences et de difficultés. Ces effets cumulatifs de vulnérabilité peuvent être également à l’origine de troubles anxieux ou du développement du stress post-traumatique. Les soignants, au-delà des difficultés à travailler hors des nosographies habituelles, mettent en avant les situations extrêmes.

L’enchevêtrement des problématiques administratives et médicales peut aussi se traduire par des demandes de rapports et de dossiers médicaux aux soignants et les mettre en difficulté. Pour les personnes qui souffrent de pathologies et qui souhaitent faire une demande de titre de séjour dans le cadre de la procédure « étranger malade », les avocats, les travailleurs sociaux ou les patients eux-mêmes sollicitent les soignants pour faire un rapport médical. On trouve aussi des professionnels mal à l’aise avec ce qui est nommé comme étant un « opportunisme » de certains usagers.

Comprendre les parcours et les prises en charge : étude sociologique de cas

Pour ce plan d’enquête l’objectif est d’enquêter de manières précises et qualitatives sur 10 cas passés par une Pass. Qu'est ce que les personnes qui viennent investissent, recherchent dans ce dispositif ? Nous pensons qu'il y a une plus value à ce qu'il y ait cette connaissance du public autrement que par le cadrage du dispositif. En effet nous pensons que dans le cadre produit un effet sur la présentation de l'individu. Nous penserons alors un dispositif transversal d'enquête, sur trois moments : l'avant, le pendant, et l'après « Pass ».

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