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 Quelques dates

De l’Asile de Bron au Centre Hospitalier, du temps de l’internement au temps du soin : brève histoire du « Centre Hospitalier Le Vinatier ».

« Sa folie est à l’Homme comme son ombre. Elle lui appartient en propre ; elle l’existe. Elle le hante : aussi lui a-t-elle toujours posé question. »

J.F. Reverzy « L’homme et sa folie »
(Histoire des moeurs, Tome III, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard 1991).

  

De la fin du XVIIIème siècle à la fin du XIXème siècle : du temps de l’enfermement des insensés au temps de l’assistance aux aliénés.

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle, à Lyon, les insensés sont enfermés dans des « cachots » ou « loges » qui composent le quartier des chambres basses de l’Hôtel-Dieu.
De 1803 à 1876 : les aliénés, c’est-à-dire ceux qui sont privés de raison, sont contenus dans l’ancien couvent de l’Antiquaille qui devient par décret impérial « un hospice pour les aliénés ». Leur nombre ne cesse d’augmenter.

  •  1838 : les parlementaires votent une loi qui affirme que : « Chaque département est tenu d’avoir un établissement public, spécialement destiné à recevoir et soigner les aliénés ».
    Cette loi d’assistance aux aliénés, inspirée par l’oeuvre de Pinel et d’Esquirol, a pour but de rassembler, isoler, protéger et traiter les aliénés.
    Ainsi vont se construire dans toute la France des asiles d’aliénés. Dans le département du Rhône la construction sera plus tardive. En effet, c’est seulement en 1868 que le Conseil Général du Rhône, sur proposition du Préfet Chevreau, achète le domaine du Mas des Tours à Bron, un terrain de 37 hectares pour y construire un asile de 600 lits au lieu des 1 200 prévus au départ. Le terrain est situé à 4 km au sud-est de la ville de Lyon, loin des bruits et de l’atmosphère de la ville, sur la commune de Bron à l’époque essentiellement rurale.

    Photographie ancienne de l'allée principale 
  • 1876 : « L’Asile Départemental d’Aliénés de Bron » ouvre ses portes. Environ 1 000 aliénés, hommes et femmes, y sont tranférés de l’Antiquaille. 
     Il y a neuf « quartiers de classement » pour chaque sexe : à droite ceux des hommes, à gauche ceux des femmes.





Photographie ancienne bâtiment de soin

Au delà des bâtiments habités, s’étendent les terres cultivées, la ferme des hommes, la ferme des femmes, les ateliers, granges et porcherie où peuvent travailler certains malades.
Les quartiers sont attribués aux différentes catégories de malades : tranquilles et semi-tranquilles, épileptiques, agités etc.
Tous les quartiers de classement comportent un rez-de-chaussée avec un réfectoire et un chauffoir, une cour terminée par un « saut de loup » (fossé au milieu duquel est construit un mur de 2 mètres). Les dortoirs se trouvent dans les étages.

 

 

Première moitié du XXème siècle (1900-1945) : de l’asile à l’hôpital, du temps des aliénés au temps des malades mentaux : de l’aliénisme à la psychiatrie.

Surpopulation asilaire, médiocre efficacité des traitements et personnels insuffisants caractérisent cette période.
Rapidement l’Asile  de Bron doit faire face à une surpopulation : en 1876, on  compte à peine 1 000 aliénés, en 1936 leur nombre est de 2 616. En 1940, la population de l’asile atteint le chiffre de 2 895 patients.

La nécessité de maintenir l’ordre et la discipline supplantent toute préoccupation de traitement.

  •  1937 : un nouveau nom : « L’hôpital Psychiatrique Départemental du Vinatier » remplace « L’Asile départemental d’Aliénés de Bron ».
  • 1940-1945 : au Vinatier, comme dans beaucoup d’hôpitaux psychiatriques français, de nombreux malades périssent du fait d’une sous-alimentation.
  • 1943 : des thérapeutiques de choc font leur apparition en France et au Vinatier : électrochocs, cure de Sakel par comas insuliniques, cure de sommeil provoquée par les barbituriques.

 Deuxième partie du XXème (1945-1987) : médicalisation, modernisation et politique de secteur : vers une « psychiatrie communautaire ».

  •  1949 : l’Université crée le Certificat d’Etudes Spéciales de Neuro-Psychiatrie : de nouveaux médecins spécialistes, les neuro-psychiatres font leur apparition.
  • 1952 : c’est le début de la psycho-pharmacologie Les médicaments neuroleptiques apparaissent. Au Vinatier, les médecins prescrivent ces nouveaux médicaments (« Largactil », etc). Grâce à ces traitements, l’excitation et l’anxiété diminuent chez les malades. Ils agissent également sur les hallucinations, les idées délirantes, ce qui va permettre l’instauration d’une véritable relation thérapeutique par le dialogue et le traitement psychologique des malades.
  • 1952 : création du diplôme d’Infirmier Psychiatrique. Au Vinatier s’ouvre alors une véritable Ecole d’Infirmiers(-ères).
  •  Dans les années 60-70, l’hôpital se modernise : quatre bâtiments de 50 lits sont construits, une cafétaria avec salle de spectacle ainsi qu’un centre de réadaptation professionnelle.
     Apparaît à cette époque le début des traitements psychologiques : psychothérapies individuelles ou de groupe, psychanalyse.
  •  Le 15 mars 1960, une circulaire ministérielle institue « la psychiatrie de secteur ». C’est un modèle thérapeutique original. Il s’agit :
      - d’entreprendre des soins à un stade aussi précoce que possible,
     - de soigner les malades le plus près possible de leur domicile.
      - de permettre une continuité de prise en charge par une même équipe médico-sociale dans une aire géographique donnée.
    Mais il faudra attendre une bonne dizaine d’années pour que cette politique se mette en place dans la réalité.
  • 1968 : la spécialité de neuro-psychiatrie disparaît : le médecin psychiatre remplace le neuro-psychiatre. La neurologie et la psychiatrie sont maintenant clairement séparées.
  • 1972 : mise en place du secteur dans le département du Rhône. L’hôpital du Vinatier se voit attribuer 7 arrondissements de Lyon et tout l’Est de Lyon
  • 1973 : c’est la mise en place de la mixité et de la sectorisation. Le département du Rhône est alors divisé en 18 secteurs pour les adultes et six intersecteurs pour les enfants et les adolescents.

Carte des secteurs

 

 Le Vinatier couvre sept arrondissements de Lyon et 24 communes.
Désormais, une personne ayant besoin de soins psychiatriques pourra recevoir des soins en hôpital psychiatrique en étant simplement hospitalisée et non plus obligatoirement internée.


Le nombre de malades traités en placement libre ne cessera d’augmenter pour atteindre, en  1985 le nombre de 1 363 sur 1 474 malades hospitalisés, soit 93,20 %.



  • 1977 : un service de médecine générale permettant des soins somatiques de qualité est ouvert au Vinatier.
  • 1981 :  l’hôpital se dote d’une Unité Médicale d’Accueil (l’U.M.A.) qui permet un accueil permanent des patients en détresse.Le conseil d’administration décide de promouvoir des alternatives à l’hospitalisation.
    A l’extérieur des murs s’ouvrent alors les premières unités de soins, les Centres de Jour pour adultes ou pour enfants :
  •  1984 : ouverture du Centre de Jour de Caluire
  •  1985 : ouverture des Appartements thérapeutiques du secteur de Villeurbanne, du Centre de Jour de Rillieux et de Montchat.
  •  1987 : nouveau changement de nom. Le « Centre Hospitalier Spécialisé Le Vinatier » remplace « L’hôpital psychiatrique départemental du Vinatier ».
  •  1987 : en application de la loi du 30 décembre 1985 qui confie aux Centres Hospitaliers Spécialisés l’organisation et la gestion de l’ensemble des moyens de Santé Mentale, soixante Centres Médicaux Psychologiques, antennes, ateliers thérapeutiques, ainsi que leurs personnels, sont rattachés à l’hôpital du Vinatier.
  •  1997 : Suite à la dernière réforme hospitalière, le nom attribué à l’hôpital change à nouveau : le « Centre Hospitalier Spécialisé Le Vinatier » devient « Centre Hospitalier Le Vinatier ».
  •  1997 – création de la FERME du Vinatier Photographie de la Maison d'Accueil Spécialisée
  •  1997 – inauguration de la Maison d'Accueil Spécialisée (M.A.S.) 
  •  1999 – ouverture du département de Gérontopsychiatrie.


Puis au fil des ans l’ouverture ou la création du DRSP, du Département des adolescents, de l’USIP, du SESSAD……

 

Aujourd’hui, on est passé d’une psychiatrie unitaire autour d’un seul lieu, l’hôpital asilaire, à un centre multipolaire de plus de 61 structures externes.


Le Vinatier est doté d’un parc magnifique, héritage du passé agricole de l’établissement, et sa vocation psychiatrique s’est développée bien au-delà des murs d’enceinte, au plus près des malades et de leur environnement, en concertation avec des partenaires politiques et sociaux.

Photographie du parc